
L'heure serait donc aux économies. A quelques mois de la présidence française de l'Union européenne, sous la pression de Bruxelles, Nicolas Sarkozy et son gouvernement se sont
lancés dans un processus de coupes dans les dépenses publiques, notamment via la RGPP (déjà rebaptisée "restriction générale des politiques publiques").
Mais toutes les dépenses sont-elles traitées de la même manière ?...
Assurément non. Il est des dépenses dans lesquelles il est permis de trancher, toujours les mêmes : les dépenses de service public de l'Etat. Education nationale, armée, sécurité
publique, hôpital, logement social, tout y passe. Partout restrictions, taille à la hâche dans les effectifs, dégradation du service rendu aux usagers, régression des droits sociaux, jusqu'à
cette malheureuse carte "famille nombreuse" de la SNCF, un temps menacée pour économiser...70 millions d'euros...
En revanche, il est des dépenses qu'il ne faut pas toucher, auxquelles il n'est même pas permis de penser. Des dépenses qui pourtant assurent une grande part de nos déficits, et
dont l'utilité est largement à démontrer.
Nous visons ici deux types de dépenses : celles induites par les décentralisations successives, et la montée en puissance de l'intercommunalité. Nous l'avons déjà analysé : ce
processus a tout complexifié, sans réel succès, mais au profit des baronnies locales, du clientélisme et par conséquent des dépenses inutiles.
Mais nous pensons aussi à un type de dépenses dont on ne parle jamais, à des dépenses taboues par excellence : les 3 milliards d'euros (!) que chaque année la France perd au profit du
budget de l'Union européenne. Explications : chaque année la France reçoit de Bruxelles 15 milliards d'euros (politique agricole, et quelques restes de la politique d'aide au
développement régional, en passe de disparaître au profit des nouveaux Etats membres). Mais chaque année, elle verse à Bruxelles 18 milliards d'euros, qui représentent sa contribution au budget
européen. Résultat : un déficit net de 3 milliards d'euros par an (la moitié du déficit de l'Etat, 10 fois plus que ce que rapporteront les suppressions de postes de profs ou de gendarmes), de
surcroît en constante augmentation du fait des élargissements successifs. Dans quelques années, ce seront près de 5 milliards d'euros qui manqueront dans les caisses, par an.
Certains nous diront qu'il s'agit de financer la "solidarité européenne", et que c'est bien le minimum que la France puisse mettre alors que l'Union s'est élargie à l'Est, vers
des pays moins développés, et qu'elle vient encore d'accueillir la Roumanie et la Bulgarie, particulièrement pauvres.
Nous refusons cet argument. Il était admissible quand la différence entre pertes et gains demeurait raisonnable, mais les sommes aujourd'hui en jeu nous obligent à y réfléchir un
peu plus. D'abord parce qu'on ne sait pas où cela s'arrêtera. Combien perdrons-nous chaque année lorsque l'UE se sera élargie à l'Ukraine, aux Balkans ou même à la Turquie (parce que le
processus, ne nous y trompons pas, n'a pas été une seconde ralenti par l'élection de Nicolas Sarkozy) ? Devrons-nous chaque année accepter de perdre 6 puis 8 puis 10 milliards d'euros ?
N'est-ce pas un peu fort de café quand dans le même temps les nouveaux Etats membres font jouer à fond le dumping fiscal et social, réduisant à presque 0 leur taux d'impôt sur
les sociétés et les droits sociaux pour attirer nos entreprises et accélérer encore le processus de délocalisation ? Devons-nous accepter d'être les éternels dindons de la farce, condamnés à la
double peine : la participation au budget et la concurrence déloyale ?
Par ailleurs, la situation sociale et économique de notre pays ne nous oblige-t-elle pas à tenter de résoudre nos problèmes, de relancer notre économie et notre emploi ? La
solidarité nationale est-elle un gros mot ? Peut-on laisser sur le bord du chemin ces millions de Français plongés dans la précarité, ce million d'enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté
?
Au lieu de couper dans le logement social, de multiplier les déremboursements de médicaments, de revenir progressivement sur les avancées sociales de l'après-guerre, nos gouvernements feraient
mieux de dire la vérité aux Français sur le coût de l'Europe. Nos médias feraient mieux de cesser de leur mentir en mettant toujours en avant les réalisations de l'Europe dans nos territoires
("financées par Bruxelles"...), sans jamais expliquer d'où vient cet argent, et que chaque année nous donnons bien plus que nous ne recevons.
Mais est-il possible de tenir ce discours aujourd'hui en France ? UMP PS et Modem sont-ils prêts à débattre de l'Europe ? Acceptent-ils seulement l'idée même d'un débat à ce
sujet ? Manifestement non, en témoigne encore récemment leur passage en force sur la Constitution Giscard, dans le dos du peuple normalement souverain.
Ne tombons pas dans les pièges du Système. Il y a économies et économies. Les plus importantes ne sont peut-être pas là où on nous le dit.





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