A plusieurs reprises, pendant la campagne des présidentielles et depuis son élection, Nicolas Sarkozy a critiqué la politique monétaire
de la Banque centrale européenne (BCE) et manifesté sa volonté de réorienter l'économie européenne dans un sens plus protecteur pour les citoyens.
Au plus fort de la polémique sur le rôle de la BCE, de nombreux économistes sont montés au créneau pour défendre l'euro et l'indépendance de
l'appareil monétaire européen, soulignant l'isolement de la France sur cette question.
En septembre 2007, Nicolas Sarkozy s’est de nouveau interrogé dans les colonnes du journal quotidien Le Monde sur « la gestion des
conséquences de la crise immobilière américaine par la Banque centrale européenne (BCE) ».
Il a déploré que : « On a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs » et
ajouté « J’ai trouvé curieux d’injecter des liquidités sans baisser les taux ».
Bref, beaucoup de paroles, de critiques mais de là à passer aux actes… Nous l’avions maintes fois écrit dans ces colonnes.
L'impuissance des Européens à freiner l'appréciation ininterrompue de la monnaie unique relance le débat, cher à la France
notamment, sur la nécessité de doter la zone euro d'un pôle politique plus fort face à une BCE accusée de rester les bras croisés.
L'euro, qui établit record sur record face au dollar, ne cesse de s'envoler. Face à cette appréciation, le directeur général du FMI, Dominique
Strauss-Kahn, a estimé que le "problème" de l'euro, était que la Banque centrale européenne, qui se focalise sur la lutte contre l'inflation, "est surpuissante".
"Elle n'a pas de contrepoids politique en la personne d'un vrai ministre européen des Finances qui serait en charge de la croissance", a-t-il
ajouté.
A quelques mois d’assurer la Présidence de l’Europe, et avec l’idée probablement de se « représidentialiser », Nicolas Sarkozy semble
décidé à frapper fort. Le plan de Nicolas Sarkozy comporte deux volets :
1- Créer un « eurogroupe » chargé de la « gouvernance » de l’Europe. Le président français est convaincu qu’après avoir adopté le traité de Lisbonne, il faut maintenant passer à la vitesse supérieure. Il n’est plus possible de se
contenter d’une majorité qualifiée pour prendre les mesures économiques qui s’imposent. « Les caisses sont vides », a-t-il dit. La croissance n’est pas au rendez-vous, loin s’en faut.
La politique de relance n’a pas donné les résultats escomptés. Le pouvoir d’achat reste la principale préoccupation de nos concitoyens. L’impatience se fait de plus en plus pressante. Or, l’indépendance de la BCE et la division de l’Europe sur ce sujet ne permettent pas de voir l’horizon s’éclairer avant longtemps. L’idée du président
français est donc de parvenir à dissocier les partisans de l’interventionnisme en matière économique et d’avancer avec eux. Quitte à laisser un second peloton de pays moins volontaristes à la
traîne de l’Europe. « Ces pays nous rejoindront quand ils verront l’amélioration chez leurs voisins ».
2- Mettre un terme à l’indépendance de la BCE. Nicolas Sarkozy reproche à la BCE d'alimenter la vigueur de l'euro par une
politique trop concentrée sur la lutte contre l'inflation, qui la conduirait à maintenir des taux d'intérêt excessivement élevés. Il souhaite qu'on s'occupe davantage de soutenir la croissance
et, en matière de changes, que l'Europe puisse davantage peser: elle est aujourd'hui dans l'incapacité de pousser les Etats-Unis à vraiment agir pour stopper la glissade du dollar.
Concrètement, il appelle à "renforcer le rôle politique de l'Eurogroupe", le forum des ministres des Finances de la
zone euro qui se réunit une fois par mois.
Ce forum devrait être "une instance de vraie coordination des politiques économiques, beaucoup plus intégrante", avec "de vraies
capacités", a-t-il dit. "La puissance économique de la zone euro pourrait ainsi se manifester dans des négociations internationales pour réfléchir à une meilleure organisation du système
monétaire mondial", selon lui.
"La politique monétaire de la zone euro, c'est une question majeure de politique économique", a-t-il poursuivi. "On ne peut
pas à la fois constater la même semaine le niveau record de l'euro et la perte de compétitivité que cela veut dire et en même temps s'interdire de poser des questions".
"Nul ne peut se prévaloir de l'indépendance de son statut pour se dispenser d'avoir à rendre des comptes, à s'expliquer, à être
contrôlé", a ajouté le chef de l'Etat français.
Autant dire que ce discours n’est pas de nature à trouver un écho favorable Outre-Rhin. "L'ensemble du gouvernement et moi-même
sommes attachés à l'indépendance de la BCE", a répliqué Angela Merkel, avant d'ajouter que Berlin se tiendrait prêt à la défendre contre des tentatives de remise en cause.
L'indépendance de la BCE est, selon la chancelière, essentielle pour asseoir la crédibilité de l'institution. Notamment dans sa lutte contre l'inflation.
Dès lors, on comprend mieux le rapprochement franco-anglais amorcé en début de semaine.
La cellule élyséenne est en ébullition. Des émissaires sont envoyés dans tous les pays européens susceptibles d’entendre le discours de la
France. Afin de multiplier ses chances de voir son plan aboutir, Nicolas Sarkozy envisage de proposer à ses partenaires européens l’organisation d’un référendum sur le sujet. Le
traité de Lisbonne le permet et du fait de ce traité, l’Europe ne risque plus d’être malmenée par l’échec, improbable à ses yeux, de sa réforme.
A l’Elysée, on ne confirme ni n’infirme le plan du président. Néanmoins, selon des sources bien renseignées, la date du référendum
serait déjà fixée. Il aurait lieu, le même jour dans toute l’Europe, le dimanche 29 septembre. Il resterait alors un trimestre complet à la présidence française pour
asseoir sa réforme et prendre les premières mesures économiques dans le but de relancer la croissance par un euro déprécié.
Cliquer ici pour lire l’ensemble des réactions de Angela Merkel et des partenaires
européens.

Ce 1er avril, la pêche fut bonne, semble-t-il...
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