
De plus en plus présente sur le fond, mais épisodiquement à la une de l'actualité, la question des sans-papiers mérite d'être abordée avec tout le sérieux nécessaire.
Quand un millier de travailleurs clandestins font grève pour demander leur régularisation, ce n'est pas uniquement sous l'angle émotionnel, compassionnel, qu'il faut réfléchir au problème.
A la vérité, la question des sans-papiers est d'abord économique.
Déjà dans les années 1960 et 1970, le grand patronat français exigeait que la France ouvre les vannes de l'immigration. Le président Pompidou révélera à ce propos que le patronat
avait en agissant ainsi une idée bien précise en tête : faire pression à la baisse sur les salaires manuels, et prévenir toute revendication sociale. Le raisonnement en effet est assez simple :
placer les travailleurs français en concurrence avec une nouvelle main d'oeuvre importée, habituée à recevoir peu et à demander peu, ne peut que les conduire à revoir à la baisse leurs
prétentions, pour espérer conserver leur emploi.
La situation aujourd'hui est globalement la même, mais le mouvement s'est étendu à de nouveaux secteurs : services, informatique, etc.
Les plus enclins à réclamer une immigration massive sont toujours à chercher du côté du grand patronat. Tous les rapports publiés à Bruxelles, largement inspirés de "Business
Europe" (le MEDEF européen), préconisent l'entrée en Europe dans les années qui viennent de millions de nouveaux travailleurs immigrés, accompagnés de leur famille. Les rapports hexagonaux du
MEDEF vont dans le même sens, sans d'ailleurs tenir compte du fait que notre démographie est moins alarmiste que celle de nos voisins.
La clandestinité est un moyen pour les employeurs de faire plus encore pression sur les conditions salariales. Un travailleur sans-papier sera en effet contraint de tout accepter, comme d'être
rémunéré 3,8 € de l'heure, comme l'exemple nous en a été donné dans certains restaurants.
Ne soyons donc pas naïfs. Etudions le problème en connaissance de cause, sans tomber dans le tout-compassionnel vers lequel souvent on nous pousse. Repérons l'hypocrisie là où
elle se cache, notamment chez ces patrons qui feignent de découvrir que 10 de leurs employés étaient clandestins...
Sous la pression des associations de sans-papiers, qui mériteraient elles-aussi qu'on s'y intéresse de plus près, le gouvernement va régulariser "au cas par cas", en commençant par les
quelques centaines de grévistes. Qu'il prenne garde à ce qu'il fait. Du cas par cas au systématique, il n'y a souvent qu'un pas, que le MEDEF et les autres le pousseront à
franchir.






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