
En déclarant cette semaine à Londres que le Royaume-Uni était "devenu pour nous un modèle, une référence", Nicolas Sarkozy a franchi un nouveau pas vers l'alignement total sur le monde
anglo-saxon.
La France a-t-elle en effet encore une voix dans le monde ? Non, plus aucune. Assez paradoxalement, plus le président de la République annonce que la France est "de retour" en
Europe et dans le monde, plus on a le sentiment qu'elle cesse de porter un autre message, une autre vision du monde, plus elle s'éteint par effet d'alignement.
Quel intérêt en effet d'écouter la France quand celle-ci se contente de répéter ce qui s'est déjà dit à Washington ou à Londres ?
On l'a vu sur le Kosovo, dont Nicolas Sarkozy s'est empressé de reconnaître l'indépendance, au mépris du droit international et sous l'évidente pression des Etats-Unis.
On le voit ces jours-ci sur l'Afghanistan et l'OTAN. C'est en dehors même de nos frontières que le chef de l'Etat a annoncé le renforcement de notre contingent armé sur place,
afin de répondre aux sollicitations de l'OTAN et de Washington. Déjà, on nous promet une réintégration complète de l'OTAN.
On pourrait comme cela multiplier les exemples.
Nous l'avions dit et redit pendant la campagne : Nicolas Sarkozy est fasciné par le modèle anglo-saxon, y compris dans sa dimension extérieure. Il est furieusement atlantiste. En
2003, il n'avait que du bout des lèvres approuvé la position française sur l'Irak, refusant en réalité d'exprimer sa véritable opinion au regard des sondages, tous unanimes pour montrer
l'adhésion du peuple au choix de Jacques Chirac de dire NON.
En visite à New-York le 11 septembre 2006, il avait confirmé sa fascination pour les Etats-Unis, dans un discours affligeant, mélant dénonciation de la prétendue "arrogance
française" sur l'Irak à l'apologie de l'American Way of Life, des jean's levis et des hamburgers...
Ce n'est pas par hasard si c'est Bernard Kouchner, parfait atlantiste lui-aussi, qui a été choisi à la tête du ministère des affaires étrangères, dont Nicolas Sarkozy avait annoncé peu après son
élection qu'il faudrait le purger de ses éléments les plus pro-arabes.
A la suite du trouble créé par ce discours dans l'opinion, et sous les bons conseils d'Henri Guaino, Nicolas Sarkozy avait masqué pendant la campagne présidentielle son
hyper-atlantisme. Comme sur beaucoup d'autres sujets, il l'avait joué national, bleu blanc rouge, pour mieux enfumer les électeurs.
La réalité revient aujourd'hui au galop. Et la France se retrouve sans politique étrangère, réduite à se faire l'écho des positions anglo-saxonnes.
Nous l'avons déjà écrit, et cela se confirme : la politique étrangère est l'un des deux seuls domaines dans lequel il y ait réellement eu rupture, pour notre plus grand malheur.
L'autre concerne le style présidentiel, la manière dêtre du chef de l'Etat. Mais encore paraît-il qu'à ce sujet Nicolas Sarkozy ait "changé", qu'il serait en train de se
"présidentialiser"...Il est vrai qu'il a réussi l'exploit de ne pas se montrer trop grossier en voyage officiel à Londres, et de laisser la Reine tranquille...on peut le féliciter...
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