A vos plumes

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Plus encore que le fond des affaires Mitterrand, ce qui doit attirer notre attention est la façon dont, une nouvelle fois, les médias français ont adopté un comportement de caste pour aller sauver un membre du système en danger.

Revenons en effet sur l'enchaînement des événements cette semaine.

Il y eut d'abord le silence.
Après les accusations et la demande de démission lancées par Marine Le Pen dans Mots Croisés lundi soir, les médias français ont d'abord observé 24 heures d'un silence assourdissant. Alors que la toile était envahie de cette affaire, qu'elle débattait, qu'elle relayait, qu'elle s'offusquait, les télévisions, les radios et la plupart des journaux n'en disaient mot.

L'affaire n'a débordé dans les médias traditionnels qu'à partir du moment où le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a emboité le pas de Marine Le Pen en exigeant lui-aussi la démission du ministre de la culture. Nous étions alors au coeur de l'Affaire, dans toute sa splendeur, dans tous ses débats et toutes ses polémiques. L'Elysée semblait n'avoir pas encore pris sa décision.

Il y eut ensuite l'opération "il faut sauver le soldat Mitterrand !".
Nicolas Sarkozy a sûrement décidé mercredi ou jeudi de garder Frédéric Mitterrand, cette belle prise de "l'ouverture", dont il avait dit tant du bien du livre en juillet dernier. Il fallait maintenant tout faire pour que l'affaire se dissipe, et que tout puisse reprendre comme si de rien n'était. On eut recours pour cela à l'artillerie lourde : le 20 heures de TF1 jeudi soir, et Michel Drucker dimanche.

Avec le journal télévisé de TF1, Frédéric Mitterrand se vit offrir une tribune exceptionnelle : 13 minutes d'interview devant 9 millions de télespectateurs. On ne pouvait faire mieux. D'autant que Laurence Ferrari ne posa étrangement pas les bonnes questions, ne prenant même pas la peine de mettre son invité face à ses écrits pour le moins douteux. Ainsi, quand celui-ci affirma, sans rire, qu'il allait en Thaïlande pour payer "des boxeurs de 40 ans", des "hommes de son âge ou de 5 ans de moins", elle ne jugea pas nécessaire de lui rappeler que dans son livre, il évoquait des "garçons", "souvent étudiants", et même à plusieurs reprises des "gosses".
Même chose quand le ministre tenta de semer le trouble sur le caractère réellement autobiographique de "La mauvaise vie", en contradiction totale avec ce qu'il disait en 2005 sur les plateaux de télévision lors de la promotion de son livre.

De toutes façons, l'affaire était entendue. Frédéric Mitterrand n'avait rien à se reprocher puisqu'il le disait. Cette explication suffit aux journalistes français, qui presque tous le lendemain vendredi décidèrent que l'affaire était close, le ministre s'étant expliqué.
En d'autres termes, selon les critères des médias français dans cette affaire, Frédéric Mitterrand n'aurait pu être coupable que s'il l'avait avoué au 20 heures de TF1. Ce qui, évidemment, n'avait strictement aucune chance de se produire.

C'est donc à un véritable jeu de dupes auquel nous avons assisté : Mitterrand est accusé, il se défend sur TF1, il est donc innocent puisqu'il s'est défendu. Circulez il n'y a plus rien à voir. 
Reprenez le fil des événements, c'est véritablement ainsi que les choses se sont passées.

Il y eut alors l'inattendu, la nouvelle affaire Mitterrand, révélée par un journal réunionnais, et selon laquelle l'ancien directeur de la villa médicis aurait usé de sa fonction, jusqu'au papier à en-tête de l'institution publique, pour se porter garant de la moralité de 2 jeunes violeurs. Pire, il proposait au juge de leur offrir un stage de réinsertion dans cet établissement.

Cette relance de l'affaire Mitterrand n'était pas prévue au programme. Le système pensait s'en être à peu près tiré après le 20 heures jeudi soir. Il fallait donc très vite réagir, et y aller très fort pour refermer enfin cette pénible séquence.
Dès le lendemain de la révélation de cette nouvelle affaire, le Journal du dimanche ouvrait ses colonnes au ministre, lui permettant de venir pleurnicher abondamment sur le sort si cruel qui lui est fait, et la méchanceté des gens qui osent s'indigner de ce qu'il a commis.

Cette interview allait servir de base au traitement journaliste de cette nouvelle affaire.
Plus que de l'affaire, c'est en effet de la défense de Frédéric Mitterrand dont les médias ont décidé de parler aujourd'hui. Regardez les dépêches, lisez les articles, allumez votre télévision, vous constaterez qu'on ne dit quasiment rien du fond de l'affaire Médicis, mais qu'en revanche on s'arrête longuement sur la défense du ministre, largement reprise et mise en avant.

L'exemple le plus caricatural fut le journal de 13 heures de TF1 aujourd'hui samedi. On n'y évoque même pas l'aspect le plus problématique de l'affaire : la confusion des genres et la proposition d'avoir recours à des moyens publics pour venir en aide aux jeunes violeurs.
Surtout, on y développe pendant la majeure partie du reportage la défense de Mitterrand (22 secondes sur 30 selon nos propres calculs). Ou l'utilisation à outrance d'une interview décidément fort opportune...Enfin, on évoque d'un mot l'accusation de faux témoignage lancée par Marine Le Pen, sans en donner l'explication, ce qui est la meilleure manière de la décrédibiliser (en réalité, Marine Le Pen a accusé Mitterrand de faux témoignage parce qu'il se porte garant de témoins qu'il dit ne pas connaître. Cette simple explication, pourtant présente dans le communiqué de presse diffusé par l'AFP, n'a pas été fournie aux télespectateurs par Claire Chazal).

Quelle est la tonalité de cette défense ? Le chantage, implicite bien sûr, au suicide. Ni plus ni moins. Vu le titre choisi pour l'interview ("Frédéric Mitterrand de nouveau accusé"), vu la question du journaliste ("s'acharne-t-on sur vous ?"), vu surtout les termes choisis par le ministre de la culture ("C'est immonde ! C'est dégeulasse ! Ce qu'on me fait est honteux ! je ne supporte plus ces attaques"), il est évident que c'est la ligne de défense qui a désormais était choisie, et qui devrait avoir une certaine efficacité : ceux qui continuent de s'en prendre au ministre vont le pousser à commettre l'irréparable.
Prenez-garde, on ne jette pas l'honneur d'un homme aux chiens comme le disent déjà certains éditorialistes coutumiers des manoeuvres de manipulation du public.

La boucle sera bouclée demain quand Mitterrand aura passé une après-midi entière sur le fauteuil apaisant de Michel Drucker, quand on aura rappelé au peuple de France combien cet homme est bon, talentueux et généreux, et comme ce mauvais procès qui lui est fait est indigne.

Il ne faudra pas oublier cette affaire. Elle est symptomatique de l'effondrement déontologique des médias et de la plupart des journalistes français, pilier le plus solide de l'esprit de caste qui anime nos "élites".
Après cet épisode, qui pourra encore dire sérieusement qu'il n'y a pas une société à deux vitesses ? Les élites protégées d'un côté, le peuple soumis au droit commun de l'autre.
Ce ne sont pas des fantasmes qui nous "rappellent les heures plus sombres de notre histoire", pour devancer les critiques les plus mécaniques, mais une triste réalité qu'on aimerait ne pas croire, qui s'est pourtant affirmée avec éclat concernant Polanski puis Mitterrand (sachez qu'au sujet de Polanski, le philosophe médiatique Finkielkraut est allé jusqu'à affirmer sur France Inter que sa victime de 13 ans, droguée, saoûlée et violée, était consentante au moment des faits, et qu'on ne peut parler de pédophilie dans ce cas...) 

Les médias français sont devenus aujourd'hui les principaux ennemis de la démocratie. Principaux ennemis oui, parce que censés éclairer le citoyen, ils le trompent et le manipulent. 
Par une triste ruse de l'histoire, la presse autrefois garante de la démocratie est aujourd'hui son principal obstacle.
Il faudra en tirer les conséquences en utilisant la seule arme à notre disposition : l'argent. Plus un sou pour la presse française, à quelques très rares exceptions près. N'achetez plus un seul titre. Asphyxiez-les, ne leur donnez aucun moyen de disséminer leur venin de caste. Quant à la télévision, faites tous comme les jeunes générations : ne la regardez plus. La Toile est 1000 fois plus intéressante.



Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /2009 15:03
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