Un rapport de la Cour des comptes sur l'état catastrophique de notre système ferroviaire nous permet de mettre la lumière sur l'exemple typique d'un formidable ratage de l'Europe
de Bruxelles et de son dogmatisme.
Tout commence il y a dix ans environ. A l'époque, la Commission européenne exige de la France la séparation de son système ferroviaire entre infrastructure et exploitation, afin
de permettre l'ouverture du marché et la libéralisation.
L'Etat obtempère, et scinde la SNCF en SNCF (l'exploitant) et RFF (qui gère les infrastructures).
Rapidement, et fort logiquement, RFF se retrouve à la tête d'une dette abyssale. Dans le même temps, la SNCF se voit contrainte de payer à RFF des redevances de plus en plus élevées, ce qui
se répercutera sur les tarifs.
Etouffé par sa dette, RFF pousse à la fermeture d'un maximum de lignes jugées non rentables, au détriment du service public et d'un aménagement équilibré du territoire. La SNCF
quant à elle se prépare à l'ouverture du marché en "convergeant vers les prix standards européens", comprenez en augmentant sévérement, et très régulièrement, ses tarifs, alors qu'elle proposait
il y a peu encore des prix qui faisaient pâlir de jalousie toute l'Europe du rail.
La situation est devenue si catastrophique aujourd'hui que la Cour des comptes tire le signal d'alarme, évoquant dans son rapport "une chute de la qualité du service", "de la
ponctualité", alors que "la question de la sécurité pourrait bientôt se poser"...
Beau résultat. Nous avons bien convergé vers le modèle standard européen, et plus précisément le modèle britannique libéralisé qui avait vu pendant les années 1990 les accidents
ferroviaires se multiplier et les prix grimper en flêche, avant que l'Etat ne se décide à remettre un peu d'ordre.
Aujourd'hui, la Cour des comptes fait toute une série de propositions, dont celle de réintéger RFF au sein de la SNCF, et de permettre à l'Etat de reprendre une partie de sa
dette (13 milliards d'euros sur 28) afin de faciliter son remboursement via des conditions plus intéressantes que celles dont peut bénéficier l'établissement public RFF.
Il faut aller dans ce sens, ajoute Philippe Seguin, premier président de la Cour des comptes, "quitte à se faire taper sur les doigts par Bruxelles".
Et c'est bien là que le bât blesse. L'Europe de Bruxelles ne nous autorisera pas à faire ces réformes de bon sens. Au nom de sa folle "concurrence libre et non faussée". Au nom de son
dogmatisme et de sa volonté de tout régenter, au détriment bien souvent de la qualité du service public et de nos portefeuilles !
Crions haut et fort cette vérité sur l'Union européenne, que beaucoup de citoyens français et européens ont commencé à ressentir, même confusément ! L'Europe de Bruxelles qu'on
nous vend est une arnaque, ni plus ni moins. Elle nous coûte même chaque année 3 milliards d'euros de plus qu'elle nous rapporte, et ce chiffre record va continuer de grimper avec les
élargissements.
Impossible de le dire dans les grands médias, et pas possible de voter en ce sens sans que le Système ne reprenne la main (cf la Constitution Giscard qu'on nous a faite repasser par la petite
porte du parlement en février dernier alors que 55% des Français l'avaient repoussée en mai 2005 !).
Mais sur la Toile, dans nos familles, dans nos usines, nos bureaux, il est encore possible d'écrire, de parler, de débattre, de convaincre.
L'exemple du rail nous donne une nouvelle occasion de le faire. Pour construire un autre système économique plus juste et plus efficace (parce que là-dessus aussi, bravo l'Europe
!, plus on "avance", plus la croissance recule et la précarité augmente), il faut commencer par abattre l'ancien. L'Europe de Bruxelles en est la clé de voûte.
Commentaires