
Le président de la République signe aujourd’hui une tribune dans le Monde sur le dialogue social. Personne ne sait s’il agit par provocation (tant l’on sait que le dialogue social est bafoué
depuis le début de son mandat ; ne comptons pas d’ailleurs sur des syndicats muselés et complices pour relever ce fait et s’en plaindre) ou par jalousie (le Président Chirac ayant publié
cette semaine une autre tribune remarquée, on comprendrait volontiers, étant donné son caractère, que son successeur ne l’ait pas supporté et ait immédiatement senti le besoin de poster lui aussi
un petit mot).
Cette incursion médiatique, ajoutée à celle, beaucoup plus conséquente et envahissante, prévue la semaine prochaine sur TF1 et France 2, confirme que le président de la République n’a décidément pas compris la leçon ni décidé de changer de stratégie : il continue de vouloir étouffer l’agenda médiatique en imposant en permanence ses thématiques, ses points de vue et en faisant débattre des questions dont lui-même veut bien parler.
Reste que les temps ont changé et que mai 2008 ne ressemblera que très peu à mai 2007. En effet, le président n’est plus dans la capacité de
faire des annonces, surprenant les observateurs et rythmant le débat public, comme il le faisait à l’envi auparavant, jusqu'aux premiers temps de son mandat, mais est plutôt contraint, comme
c’était le cas pour Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, de s’organiser des sessions de rattrapage et de préciser, reformuler, réorienter des annonces mal faites.
D’un point de vue purement communicationnel (ne parlons pas du fond, nous le décortiquons quotidiennement sur ce blog), cette stratégie est suicidaire parce qu’elle n’engendre que des effets
déceptifs : en permanence, on stimule l’observateur, en lui promettant que la prochaine intervention va « enfin » permettre de remettre les choses dans le bon sens, qu’elle sera
« le » nouveau départ, et qu’on verra bien de quel bois se chauffe le président. En créant autant d’attentes, on maximise les chances de décevoir son auditoire ; et en multipliant
ce genre d’événements, on automatise la déception : on finit bien par ne plus y croire, les choses étant déjà jouées avant la prestation elle-même… C’est en quelque sorte la spirale
infernale des annonces communicationnelles, sans plus aucun effet que de nuire à l’autorité de la parole présidentielle. Cette dernière se noie dans le bruit médiatique et finit par devenir
complètement inaudible. Plus le président crie, moins on l’entend.
Bref, c’est cuit.
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