Demander à chaque électeur d'écouter l'intervention dimanche dernier sur RTL du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, serait une
oeuvre de salut public ! (disponible ICI).
Lors de cette émission, José Manuel Barroso a exprimé avec force, et sûrement malgré lui, la réalité de l'Europe de Bruxelles, une Europe
dogmatique, incapable de s'adapter à la nouvelle donne économique et sociale, alignant son catéchisme libéral contre l'intérêt des travailleurs et des populations.
Si la crise est en train de balayer les dogmes dont cette Europe est
empreinte, elle n'a pas (encore) renversé les Traités et les institutions bruxelloises qui continuent de nous cadenasser.
Les forces politiques responsables de cette situation sont encore au pouvoir (UMP), ou jouent, sans convaincre, l'opposition (PS, Modem).
En premier lieu, l'invité du Grand jury de RTL s'est exprimé sur le plan français de soutien aux banques face à la crise
financière.
Ne croyez pas que le président de la commission se soit montré critique sur le choix de l'Etat de ne pas entrer au capital des banques contre l'argent frais, ne croyez pas non plus qu'il a
regretté que le gouvernement français ne contrôle pas plus sévèrement les établissements bancaires qui refusent encore d'accorder des prêts aux entreprises. Ces critiques, nous les avons faites, mais pas José
Manuel Barroso.
Le président de la commission a préféré cibler ses attaques sur le plan de sauvetage en adoptant un angle d'analyse diamétralement opposé.
Comme si rien ne s'était passé depuis 2 mois en effet, José Manuel Barroso a mis en garde, en effet, contre les "distorsions de concurrence" potentiellement induites par le plan
de soutien, ajoutant : "L'obligation de la Commission, c'est d'appliquer les règles ; si on ne respecte pas les règles, c'est la loi de la jungle". "Loi de la
jungle" en langage Barroso ne signifie pas "loi du plus fort" ou "loi du marché", mais bien l'inverse : "manquement au respect dû au
dogme de la concurrence libre et non faussée"...
Persévérant dans son explication, le président de la commission a mis en garde contre une
"fragmentation du marché unique".
En d'autres termes, il faut sauver le soldat Marché ! L'économie s'écroule, les
banques ne prêtent plus un sou aux PME, mais notre seule obsession doit rester encore et toujours la concurrence, le libre-échange généralisé des hommes, des marchandises et des
capitaux...
A l'un des journalistes de RTL qui s'étonnait du fait que la commission s'occupe de "mettre des PV à des ambulances" au lieu d'aider à sauver les malades, Barroso a tranquillement répété
la même argumentation, démontrant par la-même l'incapacité de la machine européenne à s'adapter au monde qui change et à sortir de son dogmatisme dévastateur.
Plus tard dans l'interview, le président de la commission a expliqué que des baisses de TVA sur les voitures en Europe n'étaient pas imaginables, car contraires aux Traités et responsables,
encore une fois, de "distorsions de concurrence".
En écoutant l'interview, vous entendrez également Barroso employer à de multiples reprises l'expression "respect des règles du commerce international" pour justifier sa position, et
expliquer pourquoi il attaquerait les Etats-Unis devant l'OMC si ces derniers s'avisaient de voter, comme on le pense, un plan massif de sauvetage du secteur
automobile.
Bref, les "règles du commerce international" au sens de l'OMC valent mieux que la vie de millions de travailleurs
et de familles menacées de se retrouver sans emploi et à la rue du jour au lendemain...
Ecouter cette émission permettrait à beaucoup de voir enfin la réalité en face. L'Europe qu'on nous vend tous les jours ne protège plus les peuples depuis longtemps.
Elle ne roule même plus pour eux.
En réalité, elle n'est pas là dans leur intérêt.
Tout est écrit dans les Traités, et notamment dans le dernier né, qu'on essaie depuis des années de nous refourguer, d'abord sous le nom de "Constitution européenne" puis de
"Traité de Lisbonne". Le seul peuple consulté par référendum, l'Irlande, a voté NON. Mais ce n'est pas ça qui arrêtera nos eurocrates et leurs soutiens nationaux. A la fin de
cette même interview, décidément fort instructive, Barroso crache d'ailleurs le morceau : "on réfléchit à un nouveau référendum"...On remarquera au passage que ce ne sont plus autorités
irlandaises qui sont maîtres de leur ordre du jour électoral, mais bien quelques bureaux bruxellois.
Ces Traités prescrivent un certain nombre de règles intangibles, érigées en dogme absolu, et juridiquement supérieures au droit national. La commission est chargée
de les faire respecter, et elle le fait sans complexes.
La machine européenne ne pourra bouger que le jour où ces Traités auront été revus de fond en comble.
Le jour où une "élite" européenne acceptera enfin d'ouvrir les yeux sur l'échec de toute une génération que l'Histoire jugera sûrement très sévèrement.
Il n'est jamais agréable de reconnaître ses échecs. Ces "élites" politiques, administratives, économiques et médiatiques tenteront toujours de repousser l'échéance et de trouver de nouvelles
recettes miracles à nous vendre.
Il nous revient de cesser une bonne fois pour toutes de tomber dans le panneau.
Si ces élites s'acharnent, et bien qu'elles
sautent toutes seules dans le trou. Nous n'avons pas à les accompagner dans leur délire idéologique et à en payer le prix beaucoup plus durement qu'elles.
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