
L’Etat restera-t-il encore longtemps le dindon de la farce ? Jusqu’à quand les citoyens, et à plus forte raison les contribuables, accepteront-ils que le gouvernement arrose les
banques et les grands groupes avec leur argent sans exiger la moindre contrepartie en terme de pilotage et de contrôle des orientations stratégiques ?
Revenons en effet sur ce qui s’est passé ces derniers mois.
Depuis le déclenchement de la crise, les marchés financiers ne jouent plus leur rôle de financeur de l’économie. Profitant d’un laisser-faire généralisé et d’une ouverture
complète des frontières, notamment en Europe, pour développer des pratiques folles et criminelles, ils ont fini par se prendre les pieds dans le tapis. Ils le paient aujourd’hui et sont
exsangues, incapables de remplir leur mission.
En l’absence des marchés, le financement de l’économie, des entreprises, de l’investissement, devrait donc être assumé par les banques.
Après 30 ans de « désintermédiation », c'est-à-dire de retrait des banques du financement de l’économie au profit des marchés financiers, voilà que brutalement l’ « intermédiation », précisément l’inverse, fait son grand retour. A ceci près que les banques ont elles-aussi profité à fond du laisser-faire et de la mondialisation débridée, jusqu’à le payer durement aujourd’hui et rompre la confiance qu’avaient – à tort - les acteurs économiques dans le Système. Les banques ne prêtent quasiment plus, et ne parviennent donc pas à jouer leur rôle.
Reste la puissance étatique pour assumer cette fonction de financeur de l’économie. C’est lorsque tout va mal qu’on se rend enfin compte de la nécessité absolue des Etats et des bienfaits de la régulation.
Comme d’autres, l’Etat français a donc multiplié ces derniers mois les injections de milliards d’euros dans l’économie : première avance de
10,5 milliards aux banques françaises en novembre 2008, qui sera complétée par la même somme en mars prochain. Soutien à la filière automobile française (5 milliards d’euros annoncés).
Aujourd’hui même, le gouvernement a décrété une avance de 5 milliards d’euros à l’adresse des principaux prêteurs d’EADS-Airbus (des banques pour l’essentiel).
Si ces avances sont sans doute nécessaires, elles posent un sérieux problème parce que l’Etat français ne demande aucune contrepartie en échange : pas de nationalisation,
même partielle, des banques soutenues (à l’inverse du choix fait par beaucoup d’autres pays), pas d’entrée dans le capital des constructeurs automobiles, ni dans celui d’EADS. Les deux dernières
décennies avaient été marquées par le désengagement de l’Etat de ces sociétés. Il ne semble pas disposé à revenir sur une décision qui s’est peut-être révélé peu judicieuse. N’oublions pas que si
Renault a pu être sauvé de la faillite au milieu des années 1980, c’est en raison en effet de son statut à l’époque d’entreprise publique, et du soutien de l’Etat.
Cette absence de contreparties pose deux difficultés majeures :
En dépit de leurs engagements de papier, et juste de papier, certaines d’entre elles seront peut-être tentées de délocaliser leurs activités, sans que la puissance publique ne puisse rien y faire. Les PME, et certaines grandes entreprises comme Peugeot-Citroën, alertent déjà sur le fait que les banques, malgré les milliards d’euros, refusent toujours de prêter ;
Ne s’est-il donc rien passé depuis septembre ? Par sa brutalité, et sa prévisibilité pour qui voulait bien ouvrir les yeux, la crise ne démontre-t-elle pas la faillite du modèle ultralibéral, celui de la mondialisation et du libre-échange des hommes, des marchandises et des capitaux ? A vrai dire, pas besoin de la crise, les 25 ans de précarisation croissante qui nous précédent auraient dû suffire à alerter.
Il faut à l’évidence changer de modèle. L’Etat doit assurer un rôle de pilotage stratégique du système financier et bancaire. Il doit mettre fin au laxisme à l’égard des grandes entreprises. Il doit profondément rénover, avec les autres, le cadre européen et mondial dans lequel nous vivons.
Le gouvernement français peine à se défaire de ces vieux réflexes.
Le Système qui le dirige, mais aussi l’opposition officielle, PS et Modem en tête, ne rompent pas dans leurs propositions et leurs actions avec le vieux monde, la vieille Europe de Bruxelles
engluée dans son dogmatisme et son arrogance antidémocratique. Le « contre-plan de relance » récemment présenté par le parti socialiste le démontre : des mesurettes qui coûtent
cher, sans qu’on s’attaque aux vraies causes du mal : libre-échange et libéralisme impulsés par l’Union européenne.
Un peu d’audace, un peu d’imagination, et surtout beaucoup de bon sens ! Que 2009 nous apporte tout cela.
Ce sera à nous de nous battre, dans la rue et dans les urnes, pour l’obtenir.
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