A vos plumes

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Invité ce matin d'Europe1, le nouveau premier ministre François Fillon a résumé ce que serait l'objectif de sa prochaine législature :"obtenir 1% de croissance en plus".

Très bien. Il est un peu triste de voir que l'action politique se résume désormais à grapiller un petit point de plus, avec pour son seul point de vue l'économie et les comptes. Mais n'ouvrons pas ici ce débat, ce n'est pas l'objet de cet article.

Non, revenons plutôt sur les solutions qu'avance François Fillon, elles-aussi résumées par une formule simple :"faire les réformes structurelles que tous les autres pays ont faites et qui leur permettent d'avoir plus de croissance que nous".

Qu'entend François Fillon par "réformes structurelles" ? C'est très simple, il suffit pour le comprendre de lire n'importe quel rapport économique politiquement correct (entendez libéral), comme ceux par exemple du Conseil d'Analyse Economique  (
http://cae.gouv.fr), qui eux-mêmes ne font généralement que traduire avec quelques années de retard la production des économistes anglo-saxons.

Les réformes structurelles sont donc ces fameuses "réformes" que ne cessent d'appeler de leurs voeux la quasi-totalité de la presse française, des économistes autorisés et des instances européennes bruxelloises.

Elles concernent le marché du travail (pour le rendre plus "flexible" bien sûr, le CPE ou le Contrat Première Chance proposé par Ségolène Royal en étaient de très bons exemples, prônés depuis des années à Bruxelles et par les économistes libéraux), l'Etat (la fameuse "réforme de l'Etat", qui n'est rien d'autre que l'imposition d'une vision purement comptable et la suppression du maximum de postes de fonctionnaires), ou bien encore le fonctionnement des marchés (la suppression des "entraves" à la concurrence, entendez la directive Bolkestein pour les services par exemple, mais aussi toutes les privatisations).

Rien de neuf sous le soleil donc. Ces réformes ont progressivement été mises en place en France depuis plus de 20 ans, sous la gauche et sous la droite. Elles ont été le fil conducteur de toutes les politiques du PS et de l'UMP pendant ces années. Contrairement à ce qu'affirme François Fillon, elles sentent même un peu la naphtaline. La libéralisation des marchés est en cours d'achèvement, les privatisations ont réduit à peau de chagrin le secteur public, le CDI a été largement rogné, par exemple par le CNE, et l'Etat s'est déjà largement désengagé de l'économie.

Nous sommes désolés de devoir le constater ici ce soir, mais le résultat de ces réformes n'est objectivement pas reluisant. Sans même parler de la montée de la précarité, du chômage et des inégalités, c'est justement depuis 25 ans que la France connaît ses plus faibles taux de croissance. Et quand François Fillon nous dit que les pays les plus en avance dans ces réformes réussissent mieux que nous, nous sommes obligés de le contredire une nouvelle fois. Le Danemark est loué par l'OCDE pour avoir mis en place ces réformes structurelles, il aura pourtant moins de croissance que la France cette année et l'année prochaine. L'Allemagne aurait soi-disant une longueur d'avance sur la France, elle affiche pourtant des performances tout aussi médiocres que les nôtres, et même souvent pires, depuis des années. Même chose pour l'Italie ou la Belgique.

Englués dans leur idéologie dépassée, l'UMP (et le PS, mais avec un discours plus hypocrite) ne veulent pas voir les vrais problèmes du pays. Comment se fait-il que la zone euro soit depuis la création de la monnaie unique la région la moins dynamique du monde ? Pourquoi le différentiel de croissance entre cette région et les pays européens hors euro s'est-il creusé ? Pourquoi est-il toujours tabou de poser cette question ? Pourquoi ne dit-on jamais que les pays qui réussissent véritablement mieux que nous (comme les Etats-Unis) ont une politique commerciale beaucoup moins dogmatiquement libre-échangiste que la nôtre en Europe ? Comment se fait-il que les critiques récurrentes d'économistes moins proches du pouvoir national et européen contre la politique européenne de la concurrence, terriblement dogmatique, ne sont-elles jamais portées à la connaissance du public ?

Voilà les questions que chacun devrait se poser, pour éviter de tomber dans le prêt-à-penser et de faire des "réformes structurelles" l'alpha et l'oméga de toute politique économique et sociale.

Le discours de François Fillon ce matin sur Europe1 ne marquait en rien la "rupture". Il signifiait au contraire la poursuite dans la même direction, sans avoir pris le temps de vérifier que nous suivions la bonne...

Mercredi 23 mai 2007 3 23 /05 /2007 20:54
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