
Dans une indifférence médiatique quasi absolue, deux événements d’une importance capitale marquent en ce moment l’actualité européenne.
D’abord, la ratification par la France le 9 octobre dernier, à l’issue d’un vote en ce sens du Sénat et de l’Assemblée Nationale, du Protocole de Londres. Cet accord, que Jacques Chirac avait bloqué jusqu’ici au nom de la défense de la langue française, a donc finalement été accepté par Nicolas Sarkozy, son gouvernement, sa majorité, mais aussi une large partie des députés socialistes et UDF…Désormais un brevet pourra être déposé sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne uniquement en anglais. Le MEDEF et l’ensemble du patronat européen, soutenus par la Commission de Bruxelles, réclamaient la ratification de ce texte par la France depuis des années. Ils ont eu gain de cause la semaine dernière.
Surtout, aujourd’hui et demain, sauf retournement de dernière minute, le Président de la République signera la copie-conforme de la Constitution Giscard, pourtant massivement rejetée par le peuple souverain le 29 mai 2005, dans les urnes. Cette trahison gravissime, largement passée sous silence, doit nous inquiéter. Elle démontre la réalité du projet européen tel qu’il se fait depuis des années : passer outre l’opinion des peuples pour mieux servir les intérêts de quelques puissants. Le Traité simplifié, nouveau nom de la Constitution, reprend sans aucune exception, absolument aucune, l’ensemble des mesures que prévoyait le texte de Valéry Giscard d’Estaing, toutes tournées vers le libéralisme le plus débridé. L’ancien président s’est d’ailleurs logiquement réjoui de l’opération. Seules divergences par rapport à la Constitution : la suppression de « la concurrence libre et non faussée » parmi les valeurs de l’Union et de l’article sur les « symboles de l’UE ». Poudre aux yeux. Si la concurrence libre et non faussée disparaît des valeurs, elle est toujours aussi présente dans les politiques concrètes, que décrivent les Traités et les directives. Elle reste l’alpha et l’oméga de la politique économique conduite depuis Bruxelles, celle qui interdit toute politique industrielle innovante et ambitieuse, celle qui fait de l’Europe la zone la plus ouverte du monde, alors que les Etats-Unis, le Japon et beaucoup d’autres se protègent avec raison de la concurrence déloyale de la Chine et de l’Inde. Quant à la suppression de l’article sur les symboles de l’Union…vaste blague, qui n’a pas empêché le Quai d’Orsay de hisser le fanion européen à côté du drapeau tricolore, qui n’a pas empêché non plus Nicolas Sarkozy de poser à côté de ce drapeau bleu et jaune sur sa photo officielle... De qui se moque-t-on ?
Il est important d’alerter l’opinion publique de ce qui se trame à l’heure actuelle dans les coulisses bruxelloises. Une puissante mobilisation doit permettre de rejeter ce mauvais coup fait à la démocratie et à notre modèle social. Nous le savons, nous ne pourrons compter ni sur l’UMP, ni sur le PS (dans sa grande majorité) pour ce combat. Il doit pourtant être mené.
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