A vos plumes

Recommander

Réforme/affaiblissement de l'Etat




Les Français savent-ils que l'an dernier, 52 000 postes de fonctionnaires ont été créés dans notre pays ?

Probablement pas.

Pourtant, en 2008, l'Etat a supprimé 35 000 postes de fonctionnaires, dont la moitié dans l'éducation nationale et près de 3000 dans les forces de sécurité, quand les collectivités locales en créaient 87 000 dans le même temps.

Un récent rapport de la Cour des comptes, qui dresse un bilan de 25 ans de décentralisation, nous apprend que depuis 1980 les effectifs des collectivités locales ont grimpé de 63%, soit 650 000 agents de plus, quand ceux de l'Etat ne progressaient que de 16%, soit moins que l'accroissement de la population du pays.
Toujours selon ce rapport, depuis 2001 les dépenses des collectivités locales ont connu une très forte hausse, chiffrée par la Cour à 54%.
Aujourd'hui, les budgets cumulés des collectivités du pays pèsent quasiment le même poids que le budget de l'Etat.

Voilà une réalité que les Français méconnaissent, et que chacun devrait pourtant étudier de près, parce qu'elle constitue une vraie piste de réforme intelligente.

 

Où sont en effet les marges d'économie aujourd'hui ? Certainement plus au niveau de l'Etat, qui n'a eu de cesse depuis des années de réduire ses effectifs, de fermer des collèges, des tribunaux, des casernes (45 000 postes en moins dans l'armée en 7 ans), des commissariats, des gendarmeries et demain des directions départementales (la célèbre DDASS aura disparu le 1er janvier prochain).

 

Sous l'effet de la RGPP (révision générale des politiques publiques), lancée par Nicolas Sarkozy dès son entrée à l'Elysée, le mouvement s'est encore accéléré. Chaque année jusqu'en 2012, les préfectures et sous-préfectures perdront 3% de leurs effectifs. Notre diplomatie verra une nouvelle fois les siens fondre de plus de 5% l'an prochain, au point de remettre en cause notre présence sur l'ensemble de la planète et d'amoindrir encore nos capacités d'influence.

On pourrait poursuivre la liste des services de l'Etat passés à la moulinette. Pas un n'y échappe, si ce n'est ceux de la présidence. Songez que d'ici 2011, la gendarmerie et la police auront de nouveau perdu près de 10 000 postes, alors même qu'on fait croire aux Français que leur sécurité est un enjeu prioritaire...

En parallèle, alors que ces missions régaliennes de l'Etat sont chaque année un peu plus rabotée, les collectivités locales s'engraissent.

La décentralisation bien sûr est en cause.
La Cour des comptes explique ainsi dans son rapport que "le niveau global des dépenses publiques n'a pas baissé dans les domaines touchés par la décentralisation" (page 19). Elle ajoute même que la décentralisation est une "source de création de postes" (page 87), et qu'elle s'apparente à un "processus désordonné et coûteux" (page 87).

Il est absurde de prétendre que la décentralisation fut nécessairement une avancée pour la France, s'inscrivant dans un prétendu "sens de l'Histoire", dont on se demande s'il n'existe pas uniquement dans la tête de ses idéologues zélateurs.

En réalité, s'il y a certainement eu des éléments positifs dans ce processus, il y en a eu aussi beaucoup de négatifs, en premier lieu un affaiblissement continu de l'Etat, dans un pays qui a pourtant construit son unité et sa solidarité nationale sur lui.

Il serait donc temps de faire un vrai bilan de la décentralisation, et d'oser briser certains tabous purement idéologiques : s'il est préférable que l'Etat reprenne en main certaines compétences, alors il doit le faire.

D'autant que la décentralisation, et la vénération dont elle a fait l'objet chez la quasi-totalité des partis dominants et des médias, a contribué à créer parmi nombre d'élus locaux un sentiment de toute-puissance. De plus en plus, ils se sont vécus comme de petits seigneurs maîtres de leur féodalité.

Les budgets communication des grosses collectivités locales, des régions notamment, en témoignent. Dans plusieurs d'entre elles, il n'est pas rare qu'ils se chiffrent en dizaines de millions d'euros par an. En témoignent aussi les dépenses somptuaires, qui illustrent cette dérive féodale : parcs de voitures de fonction en expansion continue, à l'inverse de ce qu'on perçoit dans les préfectures, construction d'hôtels de région démesurés et extrêmement coûteux (par exemple dans le Nord Pas de Calais), prétention de certaines collectivités à développer une véritable diplomatie, en signant des accords avec des régions étrangères sans même en informer l'Etat, alors qu'il jouit normalement d'un monopole naturel en matière de politique étrangère.

Certains rétorqueront que les collectivités locales sont beaucoup plus vertueuses que l'Etat, affichant de faibles déficits quand l'Etat fait exploser les compteurs. En termes d'affichage c'est exact. Mais dans la réalité budgétaire, c'est faux. Chaque année en effet, l'Etat verse 55 milliards d'euros aux collectivités, ce qui constitue son premier budget de dépenses, à égalité avec l'éducation nationale, celui qui connaît depuis des décennies la progression la plus rapide. Ce qui signifie que l'Etat reprend à son compte une bonne part du déficit des collectivités locales. Assurées d'être financées, les collectivités locales n'hésitent pas comme nous l'avons vu à dépenser chaque année davantage, parfois de manière déraisonnable. Si l'Etat n'était pas là, ce comportement se traduirait pas d'importants déficits dans leur propre comptabilité.

Espérons que les élections régionales permettront de mieux faire connaître ces éléments. Ils sont essentiels pour comprendre pourquoi la destruction actuelle de l'Etat ne doit réjouir personne, pas même les économes les plus stricts.

Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 22:34
- Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires




Dans une indifférence médiatique presque totale, Nicolas Sarkozy et le gouvernement s'apprêtent à lancer la deuxième phase de la "réforme de l'Etat", baptisée "RGPP 2", pour "révision générale des politiques publiques 2".

Pour ceux qui n'auraient pas suivi l'affaire, ou qui ne s'y retrouveraient pas dans ce jargon administratif, la "RGPP 1" avait été inaugurée en juillet 2007, déclinant largement les orientations libérales de l'Europe de Bruxelles.
Elle s'est traduite, à travers plus de 370 mesures, par la suppression d'administrations d'Etat et de services publics dans tous les domaines de la vie publique : restriction de la carte judiciaire au forceps et fermeture de tribunaux dans tout le pays, fermeture de petits collèges (ceux qui comptent moins de 200 élèves), fermeture de maternités, de centres hospitaliers jugés non rentables, fermeture de casernes et suppression entamée de 45 000 postes dans l'armée d'ici 2014, suppression chaque année de 15 000 à 20 000 postes d'enseignants (avec en parallèle l'allègement du nombre d'heures de cours dispensés aux élèves, l'accroissement de la taille des classes, le non-remplacement des professeurs absents et la désincitation à inscrire les enfants en maternelle avant l'âge de trois ans), la fermeture de dizaines de consulats à l'étranger, la suppression de la quasi-totalité des directions départementales de l'Etat, l'amaigrissement des préfectures et sous-préfectures, la suppression de commissariats, de gendarmeries pour accompagner la réduction d'effectifs (-6500 policiers et -3000 gendarmes d'ici 2011), en n'oubliant pas de mentionner le recul des services publics à l'instar de la Poste, qui ferme chaque jour depuis le 1er janvier 2009 3 bureaux de poste et supprime 42 emplois.

La RGPP ne fut donc rien d'autre qu'une destruction organisée de l'appareil d'Etat et des services publics, dans l'unique objectif d'affaiblir l'Etat nation, seul à même de résister à l'offensive libérale mondialiste, et de réduire le nombre de fonctionnaires d'Etat.

L'argument économique souvent mis en avant ("au moins, on fait des économies !") ne tient pas la route, dans la mesure où cette succession de mauvais coups n'ont pour effet que d'économiser 2,3 milliards d'euros par an, de l'aveu même du gouvernement, quand les vraies sources de dépenses inutiles ne sont pas remises en cause : coût exorbitant des décentralisations et train de vie des collectivités locales (notamment des régions qui reconstituent de petites féodalités locales, et des intercommunalités, dont le premier objectif, soyons clairs, est de distribuer des postes de présidents et vice-présidents aux élus locaux), et perte sèche causée par l'Europe, la France versant chaque année au budget européen 7 milliards d'euros de plus que ce qu'elle en reçoit en retour, aides agricoles de la PAC comprises (ce chiffre demeurait raisonnable jusqu'au début des années 2000, aux alentours de 2 milliards par an, avant de déraper du fait de l'élargissement à l'Est. En 2013, la perte sèche atteindra 10 milliards d'euros par an. Les vraies économies sont là).

 

Les premières victimes de ce désengagement massif de l'Etat et des services publics sont bien sûr les Français les plus démunis, mais également les habitants des lointaines banlieues et des campagnes. Sans gendarmerie, sans bureau de poste, sans collège, sans caserne, un village meurt. Une petite ville n'y résiste pas beaucoup mieux.
L'égalité entre les citoyens et la probité sont les autres grandes victimes de cette destruction de l'Etat nation. Il est évident en effet que seul l'Etat est en mesure de jouer le rôle de redistributeur efficace entre les territoires pauvres et les territoires riches. Quand il s'efface, les inégalités progressent. Quand il s'efface, il est par ailleurs souvent remplacé par les intérêts privés ou ceux des élus locaux, d'abord soucieux de maximiser les profits pour les premiers et de mener une politique clientéliste, pour les seconds.

Que nous réserve donc la "RGPP 2" ? Sans aucun doute l'accentuation de cette politique, engagée il y a une vingtaine d'années, inscrite dans les Traités européens, poursuivie par l'ensemble des gouvernements du système gauche/droite, et accélérée depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.

Des rumeurs insistantes évoquent une RGPP 2 dans la Défense, elle qui fut très largement secouée par la première phase, après avoir déjà subi 15 000 pertes d'emplois sous Lionel Jospin de 1997 à 2002.

Ce mouvement va à l'encontre des enseignements de la crise que nous traversons et que nos gouvernants ne traitent pas à la racine. Cette crise du libéralisme mondialisé nous démontre que les appareils d'Etat, les protections qu'il peut seul assurer, et la solidité des services publics sont les garants essentiels de notre prospérité. Ils sont des remparts à la toute-puissance des marchés et des spéculateurs. Ils sont la condition de la justice et du développement réel du pays.

Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /2009 18:11
- Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires



A l'évidence, le temps des Etats est arrivé.
Face aux déréglements majeurs d'un système financier ayant prospéré sur l'abaissement historique des frontières, la puissance publique a retrouvé une puissante raison d'être, qu'une idéologie dominante lui avait déniée pendant des décennies.
Seuls les Etats, ces acteurs appuyés sur une société, une nation, une volonté commune, sont en mesure d'intervenir avec la force d'action et la légitimité suffisantes. La coopération entre les nations est indispensable, mais elle ne peut se passer par définition des nations et des Etats, cadres d'expression de la démocratie.
Les grandes menaces de ce siècle, parmi lesquelles les pandémies, sont un autre motif de la nécessité d'acteurs étatiques solides, qu'en Europe il faudra largement reconstruire après trois décennies de fuite en avant ultralibérale et libre-échangiste.
Bref, les multiples crises que nous vivons nous montrent que nous avions un peu vite oublié la nation, et son bras armé l'Etat.

Et pourtant ! Dans un silence médiatique presque complet, l'Etat en France continue d'être méthodiquement affaibli. Dans certains secteurs, il est même massacré.

Dans le cadre de la RGPP (révision générale des politiques publiques), on continue de réduire comme peau de chagrin l'appareil d'Etat, ses administrations et les services qu'il rend aux citoyens.
L'armée par exemple a décidé d'externaliser la réparation de ses matériels à des sociétés privées, sans s'interroger sur les éventuelles conséquences d'une défaillance de ces acteurs en période de conflits.

Autre illustration, les services publics, qu'on continue d'offrir aux marchés et de déréguler, avec pour résultat une qualité de service déjà dégradée.
Ainsi pendant la grande tempête qui a balayé le sud-ouest du pays en janvier dernier, EDF s'est d'abord préoccupé de reconnecter son réseau vers l'Espagne, pour sauver son marché, plutôt que de rétablir le courant chez les particuliers. Ces réflexes guidés par le souci du profit n'existaient pas lors des grandes tempêtes de 1999, ce qui avait permis à EDF d'être à l'époque beaucoup plus efficace.
De même, sous contrainte européenne, le marché du courrier sera totalement ouvert le 1er janvier 2011. En Espagne, où c'est le cas depuis 2007, la Poste locale, Correos, ne distribue plus leur courrier depuis cette date aux habitations situées à plus de 250 mètres d'une voie principale.
Voilà ce qui nous attend probablement.

Même dans ce qui constitue une des politiques prétendument prioritaires, la sécurité, l'Etat est méthodiquement démoli.
Dès cette année, police comme gendarmerie voient leurs effectifs fondre plus vite que la neige au soleil. La police nationale à elle-seule aura perdu 4700 hommes d'ici deux ans, alors que la fusion de la gendarmerie avec la police, et la perte à terme du statut militaire, sera irrémédiablement lancée quand le ministère de l'Intérieur aura repris sous son autorité les deux forces de sécurité (comme le prévoit une loi qui sera votée le mois prochain).
La France s'inscrira alors dans l'évolution qu'ont connu la quasi totalité de ses voisins européens, où la gendarmerie a disparu, où les forces de sécurité sont moins nombreuses qu'avant, notamment en zone rurale.

Ne revenons même pas sur l'éducation nationale, l'hôpital ou la justice, sacrifiés sur l'autel de la "RGPP".

D'aucuns murmurent qu'on serait même déjà en train de nous concocter une "RGPP2", prudemment conservée au placard pour le moment, qui prévoirait entre autres joyeusetés la disparition du ministère de l'Agriculture, explosé entre les finances, la santé et le développement durable. A suivre...

Certains nous diront qu'il s'agit de rationnaliser un appareil d'Etat qui en a bien besoin, ce qui se traduira in fine par un meilleur service rendu aux citoyens.
C'est effectivement le discours officiel.

En réalité, si des évolutions sont bien sûr nécessaires, l'objectif de cette réforme n'est en aucun cas celui-là. Il s'agit exclusivement de réduire le nombre de fonctionnaires d'Etat et de diminuer les dépenses d'intervention et d'investissement d'un Etat tout occupé à renflouer les banquiers.

Il s'agit dans le même temps de s'inscrire dans une idéologie très vivace à Bruxelles, où l'on considère les Etats-Nations comme les seules structures à même de s'opposer au libéralisme mondialisé, que l'Europe relaie et amplifie sur le continent. A travers ses Traités, ses directives, ses réglements et ses rapports, l'Union européenne pousse indéniablement à l'affaiblissement des Etats, mouvement malicieusement baptisé "réforme de l'Etat".

La RGPP n'est que l'application en France de cette doctrine, mise en musique par l'UMP aujourd'hui, mais que le PS ou le Modem soutiennent dans ses grandes lignes et qu'ils ont déjà eu l'occasion d'appliquer dans le passé (souvenons-nous de Lionel Jospin et Jacques Chirac qui signèrent ensemble à Barcelone en mars 2002 la libéralisation de l'électricité et le démantèlement de ce service public).

Cela explique pourquoi c'est toujours sur le dos de l'Etat que les économies sont recherchées, alors qu'on ne s'interroge jamais sur le coût exorbitant de l'Europe (chaque année, la France verse 3 milliards d'euros de plus que la totalité des sommes qu'elle reçoit de Bruxelles. Ce chiffre passera à 7 milliards par an dès 2013), ou le coût de la décentralisation, sans parler des économies structurelles phénoménales que nous apporterait une sortie progressive du libre-échange généralisé, qui met sous pression l'ensemble de nos entreprises et provoque délocalisations et chômage.

Les agents de la fonction publique et des services publics, qui souffrent déjà du délittement du sens de l'Etat au plus haut sommet de la hiérarchie, subissent de plein fouet cette politique qui va à contre-sens de l'évolution du monde.

C'est, l'esprit libre, vers la nation qu'ils doivent se tourner pour sortir de cette impasse. Les forces européistes qui longtemps ont su capter leurs voix les ont trahis, comme elles ont trahi l'ensemble des Français conscients de l'importance d'un Etat fort, stratège, moderne, et de services publics efficaces.

Ils doivent réaliser que toute "avancée" sur la voie de l'Europe de Bruxelles est un recul du bon sens, un enfermement dans l'idéologie et les dogmes, de façon peut-être plus brutale encore maintenant que les tenants de ce Système se sentent acculés.

Face à cette nouvelle réaction nobiliaire euro-libérale, qui fait écho au sursaut conservateur exercé par la noblesse pour défendre ses acquis à la veille de la Révolution française, c'est aux citoyens de réagir, librement, efficacement, mais réellement, loin du prêt-à-penser médiatique et de la résignation.
Avec, sur la ligne de front, les agents du public.

Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 11:03
- Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires

Qui sommes-nous ?

Nous sommes un collectif de citoyens (actifs, étudiants)
décidés à promouvoir un débat de fond après le rendez-vous manqué de la présidentielle.
Nous ne sommes d'aucun parti et n'avons pas d'ancrage politique particulier.

Nos partenaires :
  Afficher l'image en taille réelle
 yahoo actualités présidentielle 2007 recommande sitoyen.fr pour comparer votre candidat
 
 
11

 

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés